Ce n'est vraiment que lorsque l'on se retrouve projeté dans le coffre d'une berline, que l'on est en mesure d'apprécier le goût des mafiosi pour les grosses voitures.
Il faut dire qu'ils ont souvent le sens pratique quand il s'agit de se débarrasser des cadavres.
Et en l'occurrence, on aurait bien pu en caser deux là où je me trouvais. Bien que l'idée de me situer à la place du mort aurait pu prêter à sourire, je n'étais pas vraiment d'humeur à rigoler.
Ce n'est pas tant le fait que l'on me conduisait au port pour une dernière trempette qui me chagrinait, mais plutôt ce qui avait bien pu m'échapper sur cette satané liste qui allait me conduire six pieds sous quai.
Je n'avais jamais vraiment pensé au jour où j'allais passer l'arme à gauche. Je ne me faisais pas d'illusions sur ce point, il y avait peu de chance que je finisse de manière glorieuse en sauvant la veuve et l'orphelin.
Les plus médisants avaient prédit que l'on retrouverait mon cadavre un beau matin dans le caniveau mort des suites d'un coma éthylique après une soirée arrosée plus que raison.
Et je dois dire qu'il y a encore quelques temps, je ne leur aurais pas franchement donné tort.
En tout cas c'était un sort beaucoup plus enviable que celui qui m'attendait au bout de ma ballade en voiture.
Le port d'Old Swamp, n'avait de port que le nom, on ne pratiquait plus la pêche depuis un baille, à croire que même les poissons refusaient de s'approcher de nos cotes.
Et mieux ne fallait pas risquer de balancer une ligne du haut de la jetée, car c'était un coup à finir au fond avec elle.
La plaisance aussi n'avait pas lieu d'être, probablement parce qu'il n'y avait rien de plaisant à rester amarré ici, surtout depuis que tous les truands du coin avaient décidé de faire main basse sur les alentours.
Toujours ce coté pratique, ils font venir leur cargaison, la stock dans les entrepôts des quais, ils font leur petites affaires, et souvent règlent leur compte. C'est sûrement pour cela qu'il y avait plus de cadavres dans les eaux du port que dans la morgue municipale.
C'est probablement ce qu'ils appellent en économie la centralisation des segments.
En tout cas les flics laissaient faire, bien trop heureux de ne pas voir ces criminels s'éparpiller dans toute la région. Et surtout de ne pas avoir à leur courir après.
Pas de témoins, pas de crimes, pas de cadavres ... ça leurs évitaient beaucoup de paperasse !
C'est surtout quand le moteur s'est coupé que j'ai commencé à déchanter. Je savais bien ce qui m'attendait après.
Le coffre s'est ouvert, la lumière m'aveuglant alors quelques instants qui me parurent bien trop court lorsque je vis la tronche des hommes de main de Valentin.
Ils étaient trois rien que pour moi, j'étais presque flatté que l'on me considère assez dangereux pour qu'il soit nécessaire de me faire escorter par autant de monde.
Surtout qu'un seul coup d'oeil suffisait à voir que la moitié d'un aurait été largement en mesure de me maîtriser.
Peut être que Sal n'avait pas le compas dans l'oeil, ou alors était il prudent, le plus probable étant qu'il ne fasse pas assez confiance à ses sbires même pour un boulot aussi simple.
La suite se déroula assez rapidement, l'un d'eux alla chercher des chaînes et de quoi me lester au fond, pendant que les deux autres me tenaient fermement.
En quelques minutes j'étais vêtu d'une belle camisole métallique et de pendentifs en parpaing.
Et ce qui devait arriver arriva, symboliser par un grand plouf, le genre de bruit qui te faire dire lorsque tu coule un bronze que celui là tu ne le reverra pas de sitôt.
ça résumait assez bien la situation, je n'étais qu'un bronze tomber dans la cuvette de ma vie, et Sal Valentin et ses hommes venaient de tirer la chasse.
Alors que je m'enfonçais dans les eaux troubles du port, laissant derrière moi traîner mes dernières bulles d'oxygène vers la surface, j'aperçus vaguement des ombres se tordre derrière le voile aqueux.
Et alors que je sombrais peu à peu dans l'obscurité, j'entendis faiblement des cris et trois sons secs qui vinrent me bercer dans mes derniers instants.
jeudi 28 février 2008
Episode 27 : Dans le port d'Old Swamp City, y a un privé qui coule ...
jeudi 21 février 2008
Episode 26 : A manger et bientot à boire
A peine entré, deux molosses se précipitèrent sur moi comme si ils voulaient mâchouiller un os en plastique. Et c'est à ce moment là, que j'ai réalisé que j'étais soudainement devenu un grand ami des bêtes, quoique je l'étais peu être déjà un peu, mais je ne sais pas si l'on peut considérer Mulot comme une bête ! Voir pire l'on pourrait m'accuser de cruauté envers les animaux pour une telle comparaison.
En tout cas je fus submergé par une grande impression de soulagement, et ironiquement une grande envie de me soulager, lorsqu'une baraque faisant office de chargé d'accueil vint rappeler les clébards à la niche.
Lorsqu'il me demanda " c'est pourquoi ? " une folle envie de répondre : " c'est pour déjeuner " me titilla l'esprit. Mais imaginer qu'il pouvait faire revenir les cabots pour qu'ils me fassent des papouilles appuyées, me permis de prendre un cours accéléré en matière de fermage de clapet !
Je me contentais d'un simple : " je viens voir le Boss, il est là ? "
Le Boss c'était Sal, mais j'évitais d'utiliser son prénom pour ne pas que ce soit mal interprété, c'est que c'est susceptible les mafiosi et ceux de Sal n'était pas réputé pour avoir l'esprit le plus raffiné.
J'avais demandé ça pour la forme, je savais qu'il était là, cet amas de graisse ne pouvait guère se déplacer à plus de 3 mètres consécutivement à pied.
Si l'obésité excessive avait un nom c'était Sal Valentin, et si elle avait une bouche elle aurait vite appris à ne pas l'ouvrir, contrairement à celle de Sal qui avait du engloutir depuis son enfance de quoi sauver le tiers monde de la famine.
On m'indiqua une salle en retrait à coté des cuisines, qui était comme moi sous bonne garde.
A l'intérieur, Sal était en train de déguster son repas, enfin le terme déguster était dans ce cas là aussi approprier que celui de frappe chirurgicale en parlant d'Hiroshima.
Je crois que de découvrir un charnier m'aurais moins retourner l'estomac que de voir cette baleine ingurgité cette écœurante masse de victuailles.
J'avais été étonné de ne voir personne d'autres dans le restau, j'avais mis ça sur le compte qu'il appartenait à la mafia, maintenant je n'en étais plus tout à fait sur.
Je me disais même plutôt qu'une fois Sal servit, il ne restait plus grand chose pour les autres clients.
Mais c'est vraiment que lorsqu'il se mis à parler que je fus heureux de me trouver à l'autre bout d'une table aussi grande, sans quoi il est fort probable qu'un des morceaux de poulet qu'il postillonna m'aurait probablement crevé un œil.
" Tu ressemble à un flic ! Qu'est ce que tu veux à un honnête citoyen comme moi ! "
Si par honnête citoyen il entendait truand sans scrupule trempant dans des affaires de drogues, meurtres, contrebande, fausse monnaie et trafics en tout genre, le synonyme était plutôt bien choisi.
Je devais éviter de lui faire avaler des couleuvres si je ne voulais pas me manger des pruneaux, car Sal était peut être un aigrefin, mais ce n'était pas un pigeon.
" Relax, je suis pas un poulet, juste un privé qui a besoin de tes lumières, et comme rien ne t'échappe dans cette ville, surtout que l'affaire qui m'amène te concerne un peu. "
J'essayais de l'amadouer un peu pour qu'il doit plus réceptif et ça semblait faire effet, enfin dans le sens où j'étais encore vivant je considérais que la manœuvre était réussit.
il me gratifia d'un simple : " Je t'écoute, mais fait vite je n'aime pas être déranger durant les repas ", à vrai dire à part durant ses repos, on ne pouvait le déranger que pendant son sommeil, et je doute qu'il apprécie plus.
" Bien voilà, mon petit doigt m'a dit que tu avais fait récemment des dons au musée, et une partie des œuvres destinés à cette expo ont disparus ... "
Je fus soudainement coupé par un " Tu m'accuse ! " retentissant des deux points poings sur la table, qui faillit d'ailleurs la briser nette, mais qui n'eut la peau que de la salade qui s'écroula sur le sol gisant dans sa vinaigrette.
" Non non du calme, au contraire, c'est juste que beaucoup de personnes seraient contrariés si tes dons faisaient parti des lots manquants. Et je suis sur que toi aussi tu serais fâché de l'apprendre. C'est pourquoi je viens te demander si tu as une idée des personnes qui pourrait être dans le coup. D'autant plus que personnes ne seraient gagnant si l'affaire venait à s'ébruiter "
J'espérais que le gros comprenne mon allusion, mais je n'étais pas sur moi-même de la comprendre.
" et toi le limier, tu flaires quelqu'un ? " me répondit il soudainement intéressé.
" J'étais après Bergère, mais il a réussit à se faire dessoudé avant que je puisse lui parler. "
il sourit et recracha dans son assiette ce que j'espérais être un reste d'os
" Cette crapule a fini par se faire avoir, c'est pas un mal j'ai toujours détesté les types dans son genre, ils ne respectent pas les règles de l'ancienne école. "
Je savais que j'allais regretter ce que j'allais faire, mais je crois que ma raison était resté à l'extérieur du restau avec ma grande gueule.
" J'ai aussi cette liste, ce sont, au même titre que vous, des généreux donateurs du musée. "
Un des hommes de main me prit la liste des mains et alla la porter à Sal qui l'a consulta un instant un sourire aux lèvres, avant de la ranger consciencieusement dans sa poche en déclarant : " Messieurs je crois que notre nouvel ami a un cours de natation de prévu au port, il serait impoli de ne pas le raccompagner "
" Et Merde " ce sont les seuls mots qui m'échappèrent alors que 3 malabars fondaient sur moi.
jeudi 14 février 2008
Episode 25 : "Sale" Valentin
J'avais coffré un pyromane une fois, enfin pour lui un incendie n'était rien de plus qu'un beau spectacle gâché par les pompiers. Mais je ne voyais nulle beauté dans les flammes qui consumait les restes du Blue Beard.
Et à l'heure actuelle c'était plutôt leur petites gueules que je voulais fumer.
Mais pour ça je devais d'abord les trouver, et je dois dire qu'ils avaient fait du bon boulot pour effacer toutes les traces qui me permettrait de suivre leur piste.
Je n'avais pas d'autres choix que de me fier à ce que Fromell allait m'apporter, et ça ne me réjouissait pas plus que ça de devoir me reposer sur lui.
Mais j'avais encore du temps à tuer avant la fin de journée. Mes autres "enquêtes" n'étaient guère plus avancées et je disais de plus en plus qu'elles semblaient être toutes plus ou moins reliées.
La Vera que j'avais rencontrée ne pouvait pas être la sœur de Miguel, mais pourtant ce dernier la recherchait autour du Blue Beard.
J'aurais pu aller le questionner sur le sujet si j'avais su où le trouver, mais la perspective d'une tentative de conversation avec lui me donnait déjà mal à la tête.
Puis je me voyais mal interroger les badauds du quartier pour leur demander si ils savent où est Vera Cruz.
En plus ils sont bien capables d'être nuls en géographie.
Puis il y avait cette liste, que le père de Debra m'avait confiée ! Et les noms que j'y lisais me faisaient regretter de ne pas être aveugle.
Mais au point où j'en étais je n'avais plus vraiment le choix.
J'examinais la liste plus attentivement à la recherche de personnes qui me seraient facile à trouver.
J'esquissais même un sourire lorsque j'y vis celui de ce cher Mulowlinsky.
Je n'étais vraiment étonné de le voir sur une liste de magouilleur en tout genre, mais je dois dire que de l'imaginer en donateur pour le musée de Old Swamp me faisait bien rire.
Je doute que mulot sache qu'il y a un musée en ville, je doute même qu'il sache ce que c'est qu'un musée. Et qu'en bien même il y aurait mis les pieds un jour, il y avait plus de chance qu'il en soit ressorti les mains plus encombrer qu'en arrivant.
Enfin mulot était bien gentil mais je ne pensais pas qu'il me serait d'une grande utilité sur ce coup là, ça sortait un peu de son domaine de compétence.
De tous les noms que j'avais retenu, je choisi le moindre mal. Enfin si l'on pouvais appeler comme ça l'un des petits chef mafieux de la région.
Chez les Flics on l'avait surnommé Cupidon, sauf que lui s'était des balles qu'il te mettait dans le cœur, et on ne pouvait pas dire qu'après tu étais encore en état de tomber amoureux.
Cela nous amusait de l'imaginer en couche culotte avec des petites ailes, ce gros bébé de plus de 300 livres. Quoi que l'amusement avait une limite au supportable.
Son véritable blase était Sal, Sal Valentin ! Mais souvent c'était plutôt "sale" Valentin. Et pas qu'à cause de ses méthodes, faut dire que le gars avait la conception de l'hygiène personnelle digne de l'art contemporain, et une manière de becqueter qui ferait passer des porcs pour des gens de la haute.
Mais surtout il avait mauvais caractère, une vraie teigne, faut croire que c'est de lui avoir donner un prénom de fille qui l'a rendu si méchant.
Il fallait mieux pas l'avoir dans ses ennemis, car être son ennemi signifiait que t'étais mort.
J'arrivais devant son repère, un petit restaurant du quartier italien qu'il avait nommé la Santo Truffa. Et l'idée d'aller cuisiner ce gras double, sans toute fois trop chauffer, afin d'éviter qu'il me fasse avaler le bouillon de onze heures, me faisait faire du jus.
J'en regrettais presque la perspective d'une conversation avec Miguel.
jeudi 7 février 2008
Episode 24 : des cendres
Je m'esquivais des étages hauts en couleurs de Chez Phillis, laissant à la bleusaille le bon soin de les inspecter en détails. On aurait dit des jeunes chiots ayant entendu la laisse, et sautant dans tous sens devant la porte pour que leur maître leur accorde enfin le droit d'aller salir le trottoir et les chaussures des distraits.
Plus je réfléchissais, et plus je me disais que le paquet qu'ils allaient laisser derrière eux allait être fumant. Pour la police de Old Swamp intervenir rapidement était signifiait être là dans la journée dans le meilleur des cas, plus souvent il fallait deux à trois jour pour voir l'ombre d'un képi.
Cela expliquait en partie pourquoi ses habitants avaient pris l'habitude de régler leur compte entre eux, voir même de faire appelle à des professionnels pour ça.
Ce qui expliquait que dans mon métier de fouille-merde, on ne connaissait pas vraiment le chômage dans le coin.
Enfin ça c'est surtout valable pour les autres, car moi, même en cherchant bien, j'avais du mal à boucler les fins de mois grâce à des affaires juteuses.
Tout ça par manque de chance, de réputation et de pub à la télé.
Mais je commençais à croire que els seuls affaires qui me plaisait étaient celles où je me retrouvais dedans à quatre pattes en train de bien la remuer des deux mains.
J'avais remarqué un porte-clé du Blue Beard sur le trousseau de Bergère, c'était là que j'avais commencé à le traquer, et avec le recul, je me disais que ce n'était sûrement pas une coïncidence.
La fausse femme de Bergère m'avait envoyé là bas pour suivre la piste de son mari et de la fausse Vera. Et je me disais que si ce bon Maurice y passait aussi souvent, ce n'était sûrement pas pour exhiber son secrétaire travesti en chanteuse de cabaret.
Quoi que, j'imagine très bien les grands de ce monde organiser une espèce de diner de cons, où ils éliraient le secrétaire le mieux accoutré de la sorte.
Plus sérieusement, le Blue Beard était le genre d'endroit à posséder un petit vestiaire où leur habitués peuvent ranger des affaires personnels, une sorte de cave à cigare comme il est bon ton de les appeler même si la plupart de celles ci n'ont jamais vu de cigares de leur vie.
Le genre très utiles pour planquer des dossiers, ou bien pour faire passer des informations en toutes discrétions. Et surtout plus sur que les coffres de banque par rapport à la brigade financière, mais accessoirement aussi pour les braqueurs.
J'avais donc axé mon pas vers les quartiers huppé, histoire d'aller tailler la bavette une fois de plus avec le sympathique loufiat du Blue Beard qui m'avait rencardé sur mon homme.
Mais alors que j'arrivais dans les hauteurs, un divin parfum familier vient emplir mes poumons.
Un subtil mélange d'alcool flambé et d'eau bouillante dans la vapeur d'eau maintien en suspension les effluves alcoolisés.
Le doux parfum enivrant d'une Blue Blazer.
Malheureusement je du déchanter très vite lorsque je vis une épaisse fumée s'élever au dessus des toits éclatants des luxueuses demeures du quartier, car j'arrivais une fois de plus avec un métro de retard. Le Blue Beard était la proie aux flammes, et c'est sa cave de whisky d'exception qui emplissait l'air de ses saveurs dans un requiem olfactif.
Me menacer allait encore !
Me tirer dessus pouvait aussi passer !
A la limite refroidir ma proie aurait pu m'énerver !
Mais s'en prendre à du Whisky de cette valeur ... cette fois ci ils avaient été trop loin !
Je ne pouvais plus les laisser continuer plus longtemps leurs folies.