vendredi 28 septembre 2007

Episode 5 : Poulet sauce piquante

La première chose qui, après avoir pénétré dans la pièce, me sauta aux yeux, ou plutôt aux oreilles, était le silence de mort qui y régnait.
Le contraste était encore plus saisissant car Mulot m'avait martelé les tympans tout le long du chemin qui menait de son bureau à ici.
Et niveau sonore, Mulot aurait pu faire de l'ombre à n'importe quelle cantatrice.
Sans compter que la Gazette n'était pas tellement plus réputé pour son silence.
C'était le genre de blanc qui se produisait lorsque l'on ressortait un vieux cadavre du placard, et le cadavre en l'occurrence c'était moi.

Je m'intronisais auprès d'un d'un " salut les gars, ça fait un bail ", qui resta sans écho, Taylor étant trop occupé à se décrocher la mâchoire de surprise, tandis que Blacker se contentait comme à son habitude d'un hochement de tête.
Blacker ce n'était pas le genre bavard, c'est le moins que l'on puisse dire, j'avais connu des muets qui causaient plus que lui. Mais fallait aussi dire que Mulot et la gazette babillaient bien pour trois.

Je leur exposais ma situation, les époux Bergère, la chanteuse Vera, cet brute de Miguel et de l'oseille autour duquel l'affaire semblait tourner.
C'est à ce moment là que j'ai vu leur regard s'illuminer.
Autant le travail d'enquêteur ne leur faisait pas plus d'effet que cela, mais dès que le pognon entrait dans la course on pourrait croire des gamins devant leur sapin le matin de Noël.
Et je savais très bien ce que ça signifiait.
Que ma paye serait moins grosse que prévu.

Alors je leur signalais que leur contribution à me faire avancer dans cette sombre affaire serait bien entendu compenser par quelques douceurs vertes.
Je n'eus pas de réponse de leur part, mais sans attendre Blacker commença a cherché dans son carnet "d'amis", tandis que Taylor décrochait le téléphone à la recherche des derniers ragots.
Mulot participait lui aussi à sa manière, et je m'en rendis compte lorsqu'en me retournant je vis son visage illuminé d'une expression angélique et ses mains tentant de me faire les poches.
Décidément Mulot ne se referait jamais, il déguerpit à toutes allure vers la salle des archives y faire Dieu sait quoi.

Je prenais congés des loustics en voyant l'équipe vaillamment sur le coup, et je décidais de faire un saut à mon bureau, histoire de prendre le petit repas douze ans d'âge qui m'y attendait sagement.
Mais la poisse me poursuivait, car à mon arrivée, je constatais que l'on avait foutu le boxon dans mon bureau, enfin plus qu'il ne l'était d'habitude.
Et le responsable de ce bordel était encore sur les lieux, penché dans mes dossiers.
Il se retourna à peine en me voyant sur le seuil de la porte.

" Ha monsieur Daddybear, je vous attendais ", dit il avec son accent à couper au couteau.

C'était un asiatique, pas très grand, le genre de mec à qui j'aurais pété la tronche pour m'avoir appelé par mon nom, mais son regard envers moi suffit à me convaincre de ne pas broncher.
J'avais déjà croisé ce genre de regard, et c'était l'un de ceux que l'on apprends vite à se méfier, le genre qui dit : " si tu bouge ! t'es mort ".
et lorsqu'il me regardait, je ne tenais vraiment pas à bouger.

C'est lui qui fit toute la conversation, à vrai dire, j'avais pas vraiment le courage de l'ouvrir, même pour respirer. En gros ce qu'il voulait était simple, soit je laissais tomber l'affaire Bergère, soit je devais me faire du soucis pour mon intégrité physique.
Il disparu dans un silence à réveiller les morts, et moi je m'effondrais dans mon fauteuil dans le fracas d'un ange chutant du Paradis.
pour l'instant j'étais encore en entier, contrairement à ma bouteille de whisky qui gisait rependu sur la moquette.

Ce n'était vraiment pas ma journée, et ce n'était plus vraiment mon affaire apparemment.
Mais ça s'était mal connaître Ronan Daddybear

mercredi 26 septembre 2007

Episode 4 : Des rats dans le poulailler

Je venais peut-être de me faire secouer comme un prunier, mais ça avait eu au moins le mérite de décoller la pulpe du fond de mon cerveau, à défaut d'avoir eu de l'effet sur les noyaux se planquant dans mon calbut.
J'en avais connu des gars qui avaient assez de cran pour tenir la dragée haute à Miguel, la plupart n'ont jamais été retrouvé, en tout cas pas en un seul morceau identifiable.

Si il y a bien une chose que l'on apprends dans ce métier pour survivre, c'est de savoir faire profil bas et de n'avoir aucun amour propre.
Une chance pour moi, je n'aimais pas les embrouilles et je ne m'aimais pas beaucoup non plus.

Mais là je devais me rendre à l'évidence, à ce stade de mon enquête, je ne savais plus trop quoi faire, ni où aller. Si j'avais eu une réputation, elle en aurait pris un coup. Heureusement qu'elle était déjà si salie que plus personne n'osait y toucher.

Bref c'est généralement dans les situations difficiles que l'on fait des conneries ou que l'on demande un coup de main à ses potes. J'ai décidé de faire une connerie en allant voir le semblant d'amis qu'il me restait.

J'attendais midi pour me pointer au commissariat, histoire que la pause déjeuner minimise les rencontres que j'aurais pu faire. Il faut dire que je n'étais pas vraiment en odeur de sainteté là bas.
Puis Midi c'était généralement à cette heure que le Sergent Mulowlinsky faisaient ses petites affaires. Ici tout le monde l'appelait " Mulot ", pas seulement à cause de son nom, mais aussi parcequ'il était court sur pattes et qu'avec son nez à rallonge et sa gueule de fouine, sa démarche pouvait faire penser à un rongeur.
Mais Mulot était pire que ça, c'était le genre de vermine difficile à se débarrasser et qui fouinait partout à la recherche de sa pitance.
Et la sienne se trouvait être le genre de truc que l'on pouvait facilement escamoté.
Si vous aviez besoin de stylos, trombones, agrafeuses, c'était le Sergent Mulowlinsky qu'il fallait aller voir. Son bureau regorgeait de tous ces trucs, voir même d'autres choses plus spéciales qu'il vous cédait si vous étiez en bon terme.
Mulot était à la cleptomanie ce que Houdini était à l'évasion, un as, et avec un as comme ça vous aviez intérêt à ne jamais perdre ses mains des yeux.

Mulot n'était pas un mauvais gars, toujours consciencieux dans son travail quel qu'il soit, surtout consciencieux à éviter de le faire soi-même. Je m'étais toujours dit qu'il avait du etre balancé par erreur dans la salle d'examen d'entrée au lieu d'atterrir au fond d'une cellule.
On dit souvent que la frontière entre la justice et le crime est mince, si une telle frontière existe, Mulot marche dessus tel un équilibriste.
Certains gradés attendent sa chute, mais voilà bien des années qu'ils n'ont même pas vu un faux pas.

Je savais que je pouvais compter sur Mulot, c'est l'un des rares à ne pas m'avoir tourné le dos lorsque l'on m'avait foutu à la porte à grands coups de pied dans le train.
J'atteignit rapidement son bureau, bien qu'assez surprit de me voir débarquer, il me salua d'un chaleureux " Bonjour Capitaine ".
C'était sûrement le dernier à m'appeler par mon grade dans cette foutue ville.
je le saluais brièvement et lui demandait si " La Gazette " était dans le coin.
Le Sergent John Taylor, dit la gazette, était lui aussi, tout comme Mulot, sous mes ordres lorsque j'étais encore dans la police.
Personne ne collectait les informations comme lui, si une rumeur se murmurait en ville, vous pouviez être sur que Taylor était au courant.
C'était la pire commère de la ville.

Mulot m'indiqua la salle de pause, et l'on savait tous les deux ce que ça signifiait.
Il était avec le dernier membre du trio qui formait jadis ma brigade : James Blacker.
Blacker n'avait pas de surnom, il était devenu le surnom de tout ceux qui utilise des informations pour obtenir des faveurs.
Mais lui n'était pas un Blacker comme les autres, il était l'original, l'unique, la légende.
Contrairement à ses homonymes il ne faisait pas de chantage, mais beaucoup de monde lui devait des services.

Alors que je pénétrais dans la salle de pause, je me disais que j'avais eu mon chic pour réunir ensemble les flics les plus improbables qui soit, mais ça m'avait plutôt bien réussit, car même si leur méthode était souvent discutable, ils formaient le trio le plus efficace de ce commissariat.
Et cerise sur le gâteau, ils m'étaient restés fidèle.

La preuve en image 1

J'avais suivi un de mes suspects jusque dans un rade paumé, lorsque ce dernier m'a repéré.

Merci à Manu pour cette contribution

dimanche 23 septembre 2007

Episode 3 : Au bar, tabasse !

Alors que je foulais le seuil du bistrot, je me disais que si le petit père s'était dégoté une pouliche, c'était sûrement dans ce genre d'écurie.
Mais mes réflexions se firent vite la belle, lorsque mes mirettes furent aveuglées par toutes les dorures du lieu.
Y a pas à dire c'était plus chicos que tous les cloaques dans lesquels j'avais pu échoué.
J'aurais bien voulu m'en jeter un petit derrière le gosier, histoire de me remettre de mes émotions, mais j'avais bien peur qu'un seul ne suffise pas.
Puis je me connais, un petit en entraîne un autre et je finis au petit matin aussi rempli qu'un tonneau.

Puis une voix me ramena à la réalité :

Puis je vous débarrassez ?

Un gars endimanché avait surgit derrière moi sans crier gare, une chance pour lui que je ne porte plus de flingue car c'est le genre de coup à se retrouver avec une bastos dans la tête sans comprendre.
Remarque, si j'avais visé à hauteur d'homme, elle lui serait passée au dessus de vingt bons centimètres.
Il n'était pas à proprement parlé petit, mais j'aurais pu lui bouffé la soupe sur sa tête, et encore en m'asseyant sur une chaise.
Il tendait les bras vers moi, l'air d'attendre que je lui donne quelque chose.
C'était peut-être un bar de bourges, mais ce n'est pas demain la vieille que je confirais quoique ce soit à un mec dans un troquet.

Je haussais les épaules et me dirigeais vers le distributeur de bibine qui secouait son shaker derrière son zinc.
Vu la tête qu'il faisait et l'air dédaigneux qu'il a prit pour me causer, j'ai tout de suite compris que je n'étais pas le genre de la maison, ça ne me gênait, la maison n'était pas mon genre non plus.
Avoir toutes ces bouteilles derrière lui j'étais partagé entre m'en vider une ou bien lui en fracasser une autre sur la caboche, peut-être même les deux en même temps.
Mais je me ravisais et commençait à le questionner sur mon bonhomme.

Je ne sais pas si c'était par conscience professionnelle ou bien par la peur du sujet de notre conversation, en tout cas il n'était pas vraiment chaud pour me parler de mon zig.
Alors histoire de mette les choses au clerc, je lui mentionnais mes anciens amis de la maison poulaga, et qu'une fermeture sanitaire, même si elle se montre infondée par la suite, risquait de faire s'envoler sa clientèle.

Il se tassa derrière son comptoir, si il avait pu il aurait sûrement creusé le sol de ses mains.
Quand je voyais ce que la trouille de Bergère lui faisait, j'imaginais sa tête si il se retrouvait un matin nez à nez avec la femme de ce dernier, car question horreur, je ne m'imagine pas pire cauchemar.
En tout cas j'apprenais ce que je voulais, et les craintes de la dame semblait fondées, car son Maurice semblait resté souvent après la fermeture pour s'entretenir avec une certaine Vera.
Elle avait un petit tour de chant sur la scène du Blue Beard, et ses messieurs de la haute, semblait apprécier autant sa voix que ses charmes.
Bergère visiblement avait été plus loin que de regarder.

J'asticotais un peu le loustic pour en apprendre plus sur la belle.
Cette dernière avait arrêté son show voilà deux jours de cela. Visiblement, elle attendait une grosse rentrée d'argent et je supputais qu'elle allait sûrement venir de ma grosse légume.
C'est à peu près tout ce que ce que cette source pouvait m'apprendre.

Alors que je sortais du bar en remontant mon col, je me disais intérieurement que la mère Bergère ne se contenterait pas de on-dit et d'un nom. Elle voudrait des preuves plus solides contre son mari, mais je ne savais pas où me rendre.
Aucune adresse, aucun indice à exploiter, je me voyais dans une impasse lorsque deux énormes bras m'attrapèrent pour m'en entraîner dans une justement.

Dans la pénombre, je distinguais la trogne de celui qui m'avait attrapé par le paletot pour me plaquer contre un mur.
Miguel Cruz, ce n'était pas à proprement parler un dangereux truand, enfin si on ne considère pas dangereux un mec qui peut vous briser la colonne en deux à main nue.
En tout cas, truand, il ne l'était pas vraiment. C'était plus le genre de mec que l'on embauchait pour des petits boulots nécessitant quelques muscles et peu de réflexion.
Et question muscles, le Miguel avait du braquer l'entrepôt étant gamin, mais ne s'était pas servi de son butin pour troquer quelques neurones.
Si l'on avait du évaluer son QI, il aurait fallu taper dans les négatifs.


Tandis que je luttais contre le manque d'oxygène, il réussit à articuler un semblant de phrase.
" Trouve Vera ! " Qu’il disait ! " Trouve Vera ! "
Si j'avais eu le loisir de respirer je lui aurais bien dit que je la cherchais déjà, malheureusement je n'avais pas ce privilège alors je me contentais d'un hochement de tête pour lui montrer mon accord en espérant que ce serait suffisant pour qu'il relâche son étreinte.

Il sembla se montrer coopératif en me permettant de respirer à nouveau.

" Toi Trouver Vera ? " me questionna t il !

" Ouais ouais moi Trouver Vera " répliquais-je entre deux grands bols d'air.

Il sourit puis s'en alla sans mot dire. Je tentais bien de le retenir et de le questionner, mais vous avez déjà essayer de bouger une montagne ? Tout ce que j'obtenais comme réponse était le propre écho de mes questions.

Alors je m'asseyais là, dans cette impasse, à même le trottoir, tâtant machinalement la poche de mon imper à la recherche de ma flasque de gnole.
Sans succès, pour mon plus grand malheur, car c'était pas un bon jour pour rester sobre.

( à suivre )

vendredi 21 septembre 2007

Episode 2 : Une affaire de moeurs

Je ne savais pas ce que j'avais fait à Dieu pour mériter cette vie, mais une chose était sur : Il m'en voulait beaucoup.

J'aurais bien voulu rester vautré sur mon bureau, mais le cognement incessant sur la porte et ma migraine cabinée, me fit faire une connerie de débutant, j'invitais le client à entrer.

Lorsque l'on voit dans les films entrer dans le bureau d'un privé des poupées moulées dans des robes si serrées qu’elles vous feraient péter l'encolure d'un prêtre, on se dit que ça, ça n'arrive qu'au cinoche.
Et c'est malheureusement vrai.
La mienne pourtant, portait bien une robe qu'on aurait dit greffé sur sa peau, mais ça devait être parcequ'elle pesait près du quintal et qu'aucun tailleur ne devait être en mesure de faire un vêtement à sa taille.

On aurait dit que l'on avait croisé la fiancée de Frankenstein avec bozo le clown, et encore le résultat aurait été plus attrayant.

La pauvre, elle venait me voir, parceque son mari fricottait avec une jeunette.
Si j'avais été franc avec elle, je lui aurais avoué que je comprenais parfaitement le bonhomme.
Micheline Bergère qu'elle s'appelait, Micheline Bergère, non mais, tout homme sensé serait barré en courant en entendant son nom, les plus téméraires l'aurait fait en la voyant débarquer, seul les fous seraient resté, ou bien ceux qui placent l'argent au dessus de tout, car la dame n'était autre que la femme de Maurice Bergère, une grosse légume farci de pognon, et dont l'influence s'étendait bien au-delà des limites de la ville et de la légalité.
Je n'étais pas très chaud à l'idée d'aller fouiner dans les affaires privées du sieur, mais la liasse de billets qui avaient atterri sur mon bureau possédait les arguments que mon banquier appréciait.
Un acompte, elle avait dit, pour couvrir mes premiers frais.
Elle me distribuait ça comme on donne de l'argent de poche à un gamin.
Je n'avais jamais eu d'argent de poche, je n'avais même jamais eu d'acompte, et pour tout dire je n'avais même jamais eu de paye aussi élevée que ce dernier.

J'empochais prestement son aumône et me dépêchait d'écouter son histoire en détail avant que ma raison ne reprenne le dessus.

La mère Bergère avait les pétoches que son doux et tendre portefeuille se barre avec une poule.
Elle s'avait qui fricotait souvent à droite à gauche, mais ça n'allait jamais bien loin.
Là elle s'inquiétait.
Enfin elle s'inquiétait surtout de voir ses finances se faire la malle, et elle voulait que je lui ramène des preuves du délit afin qu’elles lui soient utile pour récupérer sa mise en cas de divorce.

Les affaires d'adultère sont toujours galère, les maris ayant souvent peu d'estime pour les professionnels dans mon genre. Et mon besoin de reconnaissance faisait en sorte que je refusais ce genre d'affaire pour ne pas les décevoir. Particulièrement lors que des costauds ou des hommes influant étaient de la partie, j'ai remarqué que c'était généralement eux les plus irritable.

Quoiqu'il en soit, c'est lorsque l'on a les deux pieds dans la merde que l'on se dit qu'un peu d'oseille pour s'acheter des bottes serait bienvenue.
Et moi, j'avais besoin de cuissardes.

J'arpentais donc les rues des beaux quartiers de Old Swamp à la recherche des lieux, qui selon la Bergère, fréquentaient son époux à ses heures perdues.
Entre un tripot classe stylé cercle de jeux et un club de fumeur de cigare, mon choix c'était arrêté sur un cabaret, le Blue Beard Bar comme il s'appelait.

Alors que j'écrasais ma clope du talon sous la lumière bleu de l'improbable néon, ma raison et mon instinct venaient de se percuter dans ma caboche.

Les histoires qui commencent dans les bars finissent toujours mal.

( à suivre )

mercredi 19 septembre 2007

Qu'est ce qu'elle a ma gueule

Avis de recherche :

J'ai perdu mes papiers et je dois les refaires, mais je n'ai plus de photos.
Vous connaissez l'administration, ils sont tatillon sur ces points là.
Alors si vous avez le temps, envoyez moi une photo de ma frimousse.
Et vous payez pas ma tronche ...

[ Petit concours pour illuster Ronan, mes preférés seront publiés, ici et l'oeuvre gagnante, aura l'infime honneur de figurer dans le profil de Ronan, et son auteur aura ma reconnaissance ... revenezzzzzzzzz ]

Episode 1 : Là où tout commence

Mes emmerdes ont commencé il y a 42 ans de cela, ici même, à Old Swamp City, ma génitrice venait de me pondre dans un hôtel sordide et mon premier contact avec le monde me fit l'effet d'une claque.
Certains disent que la naissance est le plus beau moment de la vie.
Conneries !
C'est plutôt le début de la fin.
Et le début commençait mal ...
Alors j'ai fait ce que chacun aurait fait à ma place : j'ai gueulé tant que j'ai pu.

Les années filèrent assez vite sans que je m'en souvienne, ce n'est peut-être pas un mal, parfois je me dis même que j'ai préféré les oublier.
En tout cas, mon enfance a presque été ordinaire.
Comme tout le monde, j'ai été à l'école, ou plutôt l'école est venue à moi, car si j'avais eu mon mot à dire je n'y aurais jamais foutu les pieds.
Mais, ma mater s'était mise dans la tête que j'étais brillant, mais mes résultats lui démontrèrent le contraire, car une fois de plus elle planait complètement !
De plus, les autres mioches du quartier me traitaient de "fils de pute", je ne pouvais pas leur donner tort, car ma mère faisait le tapin bien avant ma naissance, et a continué bien après.
Je ne sais pas bien si elle faisait ça par envie ou par nécessité, et je me dis que si elle était toujours de ce monde, elle continuerait surement à le faire.

Résultats médiocres, pas d'amis, tête de Turc, et j'en passe ... Avec ça j'aurais pu devenir la petite brute du quartier, malheureusement, j'avais encore trop de cervelle pour ça et pas assez de muscles. En plus, la place était déjà prise, et on me l'avait très vite fait comprendre.

L'adolescence n'a guère été mieux. Je dirais même qu'elle a été dans le même ton, mais, amplifié par tous les tracas de la puberté.
Encore une chance, j'étais loin d'avoir le physique ingrat, et je peux en remercier ma Vieille, c'est la seule chose positive qu'elle a bien voulu me léguer.
Il faut dire qu'à l'époque, les 35 piges pointant, elle était encore bien foutue.
J'ai plus d'un camarade qui bavait en la reluquant, elle en a déniaisé quelques-uns d'ailleurs.
Moi je l'avais été quelques années plus tôt par l'une de ses collègues, je m'étais demandé si elle l'avait su ... maintenant, je sais que c'était elle qui avait tout organisé.
Tout ça pour dire qu'avec les filles, ça n'allait pas mal, enfin mieux que le reste, et en ce temps là, ça faisait une grosse différence.
Je n'étais pas à proprement parler un tombeur, mais elle s'agglutinait à moi comme des mouches.
Le côté mauvais garçon et la joie d'enrager leurs parents y étaient pour beaucoup.

Il y en a une qui se démarqua mieux que les autres, si bien que même si je ne l'avais pas foutu en cloque j'ai eu la folie de lui laisser me passer la corde au cou et la bague au doigt.
Elle se démarqua encore plus quelques années plus tard en se barrant avec tout ce que j'avais, c'est à dire, pas grand-chose. Et elle brisa ce qu'elle ne pouvait pas emporter, mon coeur y compris.

J'ai su qu'elle avait refait sa vie avec un avocat, ou un autre empafé du genre.
Ceux-là je les déteste presque autant que la flicaille, j'en connais même de belle sur eux, et pour cause j'en étais un.
Et je crois bien que je me déteste aussi.

Dire que l'on se préparait à faire biberonner un mouflet, maintenant je biberonne tout seul, du pur malt.
C'est d'ailleurs pour ça que je me suis fait virer.

Maintenant, je turbine comme privé, j'ai même un bureau à mon nom, enfin à vrai dire je n'ai qu'un bureau à mon nom. Voilà quelques semaines que j'ai dû revendre mon appart.
À présent, je peux vraiment dire que je dors au bureau, même s’il n'y a plus personne pour l'entendre et m'engueuler.
D'ailleurs, j'ai toujours un petit dej' liquide à porter de main dans mon tiroir, pour les matins difficiles.
Et ce matin c'est vraiment dur.
C'est le genre de matin où l'on a l'impression que la nuit n'a pas encore commencé, le genre de matin à avoir son galurin vissé sur la caboche et où l'on ne souhaite qu'une seule chose : qu'aucun emmerdeur ne se pointe.

Et c'est toujours ces matins-là qu'une sale affaire vient frapper à votre porte.

( to be continued )