mercredi 26 septembre 2007

Episode 4 : Des rats dans le poulailler

Je venais peut-être de me faire secouer comme un prunier, mais ça avait eu au moins le mérite de décoller la pulpe du fond de mon cerveau, à défaut d'avoir eu de l'effet sur les noyaux se planquant dans mon calbut.
J'en avais connu des gars qui avaient assez de cran pour tenir la dragée haute à Miguel, la plupart n'ont jamais été retrouvé, en tout cas pas en un seul morceau identifiable.

Si il y a bien une chose que l'on apprends dans ce métier pour survivre, c'est de savoir faire profil bas et de n'avoir aucun amour propre.
Une chance pour moi, je n'aimais pas les embrouilles et je ne m'aimais pas beaucoup non plus.

Mais là je devais me rendre à l'évidence, à ce stade de mon enquête, je ne savais plus trop quoi faire, ni où aller. Si j'avais eu une réputation, elle en aurait pris un coup. Heureusement qu'elle était déjà si salie que plus personne n'osait y toucher.

Bref c'est généralement dans les situations difficiles que l'on fait des conneries ou que l'on demande un coup de main à ses potes. J'ai décidé de faire une connerie en allant voir le semblant d'amis qu'il me restait.

J'attendais midi pour me pointer au commissariat, histoire que la pause déjeuner minimise les rencontres que j'aurais pu faire. Il faut dire que je n'étais pas vraiment en odeur de sainteté là bas.
Puis Midi c'était généralement à cette heure que le Sergent Mulowlinsky faisaient ses petites affaires. Ici tout le monde l'appelait " Mulot ", pas seulement à cause de son nom, mais aussi parcequ'il était court sur pattes et qu'avec son nez à rallonge et sa gueule de fouine, sa démarche pouvait faire penser à un rongeur.
Mais Mulot était pire que ça, c'était le genre de vermine difficile à se débarrasser et qui fouinait partout à la recherche de sa pitance.
Et la sienne se trouvait être le genre de truc que l'on pouvait facilement escamoté.
Si vous aviez besoin de stylos, trombones, agrafeuses, c'était le Sergent Mulowlinsky qu'il fallait aller voir. Son bureau regorgeait de tous ces trucs, voir même d'autres choses plus spéciales qu'il vous cédait si vous étiez en bon terme.
Mulot était à la cleptomanie ce que Houdini était à l'évasion, un as, et avec un as comme ça vous aviez intérêt à ne jamais perdre ses mains des yeux.

Mulot n'était pas un mauvais gars, toujours consciencieux dans son travail quel qu'il soit, surtout consciencieux à éviter de le faire soi-même. Je m'étais toujours dit qu'il avait du etre balancé par erreur dans la salle d'examen d'entrée au lieu d'atterrir au fond d'une cellule.
On dit souvent que la frontière entre la justice et le crime est mince, si une telle frontière existe, Mulot marche dessus tel un équilibriste.
Certains gradés attendent sa chute, mais voilà bien des années qu'ils n'ont même pas vu un faux pas.

Je savais que je pouvais compter sur Mulot, c'est l'un des rares à ne pas m'avoir tourné le dos lorsque l'on m'avait foutu à la porte à grands coups de pied dans le train.
J'atteignit rapidement son bureau, bien qu'assez surprit de me voir débarquer, il me salua d'un chaleureux " Bonjour Capitaine ".
C'était sûrement le dernier à m'appeler par mon grade dans cette foutue ville.
je le saluais brièvement et lui demandait si " La Gazette " était dans le coin.
Le Sergent John Taylor, dit la gazette, était lui aussi, tout comme Mulot, sous mes ordres lorsque j'étais encore dans la police.
Personne ne collectait les informations comme lui, si une rumeur se murmurait en ville, vous pouviez être sur que Taylor était au courant.
C'était la pire commère de la ville.

Mulot m'indiqua la salle de pause, et l'on savait tous les deux ce que ça signifiait.
Il était avec le dernier membre du trio qui formait jadis ma brigade : James Blacker.
Blacker n'avait pas de surnom, il était devenu le surnom de tout ceux qui utilise des informations pour obtenir des faveurs.
Mais lui n'était pas un Blacker comme les autres, il était l'original, l'unique, la légende.
Contrairement à ses homonymes il ne faisait pas de chantage, mais beaucoup de monde lui devait des services.

Alors que je pénétrais dans la salle de pause, je me disais que j'avais eu mon chic pour réunir ensemble les flics les plus improbables qui soit, mais ça m'avait plutôt bien réussit, car même si leur méthode était souvent discutable, ils formaient le trio le plus efficace de ce commissariat.
Et cerise sur le gâteau, ils m'étaient restés fidèle.

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